Le Peintre et son Roman (31)

LES MOULINETS DE LA VIE

Les bras ballants, les jambes en compote, les chaussettes roulées en boule, j’en passe, j’en passe…
Demeure, quand même, l’allure, oui l’allure générale d’un gars en route malgré l’obscurité.
Pas la sienne, non, celle du monde, à quelques exceptions près, ou loin.
Il faut anesthésier la douleur, vocifère le sorcier, attrape une vipère et laisse la t’injecter son venin, ensuite cours, cours.
Ouais, facile à dire, tu me vois choper une vipère, comme ça, à mains nues, sans permission?
Lui dire, vas-y, mords-moi, alors qu’elle se repose..
Je crois que je vais appeler Camille, elle qui chante je veux prendre ta douleur, je lui donne volontiers, je peux même lui emballer proprement dans un papier coloré s’il faut, une douleur offerte de bon coeur.

Quelques heures, quelques jours et des nuits arrosées, plus tard, mes bras fendaient l’air tel de Gaulle au Québec, mes jambes sprintaient comme au tout premier printemps de leur jeunesse, j’avais changé de chaussettes, j’en passe, j’en passe…
Un peu de rosée d’optimisme sur mes joues, pour donner le change.
Un peintre qui donne le change, c’est du trompe-l’oeil garanti.
Comme tous les trompe-l’oeil, ça sonne faux, creux, mais ça sonne.
Mais on a parfois, trop souvent, besoin d’illusion, alors on s’accommode du mensonge…
Pas certain, pensais-je.

Le printemps pointant le bout de sa douceur, je me mis en quête de plants de fleurs de Tanaisie.
C’est beau et ça éloigne, dit-on les insectes, dont les puces qui raffolent de mon atelier, de Chaminou et de moi.
Des vraies puces, pas des leurres, ni trompe-l’oeil, des qui vous sucent le peu de sang qui coule dans vos vieilles veines de peintre, salopes!!!
Quand t’en as des dizaines qui te bouffent, t’empoisonnent, tu ne peux plus peindre, t’as des envies de meurtre, oui.
Mon sang, je le réserve à ma peinture, pas à ces vampires, de droite, j’en suis sûr.

Peut-on parler de fiasco lorsqu’on se réveille avec du plomb dans la tête en guise de cervelle?
Pas obligatoirement, il y a aussi l’excès de tequila de la nuit, et de cigarettes.
Ou bien le temps qui vous transperce la peau et vous ravale le coeur.
Il y a les impôts que tu ne paieras pas, car trop pauvre.
Mais, si d’un coup de grâce, tu revois un film muet, un des années d’avant que tu existes, en noir et blanc avec des cases pour le texte, alors ton mal de crâne va rejoindre les égouts, tu te sens bien, tu souris au bonheur, voilà.

La vie est belge, dit mon pote Rémi, et c’est tant mieux!