Le Peintre et son Roman (33)

LA FEMME

Elle ne manque pas de courage.
Elle a eu deux cancers et trois enfants de trois pères différents.
Dire que ça force le respect, c’est aller peut-être vite en besogne, mais je m’incline quand même.
Je me dis, cette femme tient plus à la vie que moi, ou qu’une moule à son rocher.
De ses deux cancers elle a gardé plusieurs perruques rigolotes, du noir à reflets bleus, style plumes de corbeau, au rouge vif qui vous éblouit, elle tenait à ce qu’on sache que c’étaient des pastiches, des faux, non pas pour se faire plaindre, mais pour rigoler, sa façon modestement ironique à la gueule du crabe.
Mais les gens la plaignaient quand même, elle elle en souriait, parfois.
Et pleurait, en cachette.

Pourquoi?

Se cacher pour souffrir est la sublime élégance des animaux, elle est née lionne, dans son coeur, j’en suis certain.
Au bord d’une lame, à fleur de larmes, on dira d’elle qu’elle a la vertu aussi fragile que la démocratie.
On dira, on dit ce qu’on croit savoir, sans savoir.
Cette chanson, elle connaît.

Sur son chemin, des cailloux aiguisés comme des pièges, des crevasses remplies de boue glaciale, et puis des iris, des pâquerettes, des insectes sautant d’herbe en herbe, etc..
Elle évitait tout conflit, non par peur ou lâcheté, elle pensait, à juste raison, que le temps se montre si volatil qu’il ne faut pas en perdre une miette en le laissant s’envoler.
Hors, les conflits stérilisent les rapports humains, les anesthésient jusqu’à les tuer.

En haut, vers les neiges éternelles, des edelweiss, pour le repos, c’est beau.
Et le coucher du soleil, là, dans une plénitude transparente.

Ses enfants ont grandi, leurs pères sont ridés.
Elle s’allonge, elle n’a plus mal, elle est seule et ça lui va.