29
LAMPADAIRE
Je m’enrhume sous ce lampadaire, au coin d’une rue étroite.
Ma seule certitude est que je suis ici dans un but précis, mais lequel?
Je ne me souviens de rien, rien.
Alors j’attends.
Et je m’enrhume.
Il y a bien quelques voitures, pas plus d’une par minute.
Leur passage si près soulève mon chapeau, à chaque fois.
Aucun conducteur ne me regarde, pourquoi?
Je voudrais aborder quelqu’un, lui demander “savez-vous s’il doit se passer quelque chose ici, si quelqu’un doit arriver?”
Personne, personne.
Je continue à baigner dans l’absence, ça dure longtemps, l’absence.
Qu’auriez-vous fait à ma place, hein?
Comme vous n’êtes pas là, je n’entends pas votre réponse, si réponse il y a.
Je sais que je suis peintre, c’est déjà ça, que mon atelier est plein de toiles jamais terminées, jamais arrivées, ça je sais.
Elles m’attendent, elles aussi.
Je décide de les rejoindre, j’ai trop froid, ma patience n’ira pas jusqu’à m’enraciner sur ce trottoir, même si le lampadaire est majestueux.
À l’atelier, l’évidence.
Oui, je m’étais simplement égaré, là-bas, dehors, en plein vent contraire.
Ouf, la journée peut commencer, j’éteins la lumière, le ciel suffira.