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JE HAIS LES VERNISSAGES, SURTOUT LES MIENS
La vérité, ma vérité, ou les autres, voilà où nous mène le cul-de-sac!
Tu crois qu’elle suit un chemin répertorié, parfait, rectiligne comme une ligne de coke pure?
La vérité a les poignets liés, c’est la grande excuse démocratique, comme vous tous, elle a le soutien-gorge affriolant aussi fermé qu’une camisole de force, une ceinture de chasteté sur mesure, du prêt-à-porter psychiatrique.
Pourtant, partout, des lucarnes éclairées aux bougies de pauvres gens du XXVIIIème, arrondissement, jusqu’à l’Elysée clinquant, la vérité se viole, se fait prendre de partout, consentante ou de force.
J’ai croisé la vérité un jour de plein éveil, elle chantait juste, juste, juste ce qu’il me fallait pour me laisser aller à ne pas flinguer quelqu’un, au détour d’une montée d’angoisse.
J’y suis allé, j’ ai touché, j’ai bu, j’ai embrassé sa lumière dans ma tête.
Ma tête niquée de part en part, du gruyère déchiqueté, mais qui respire quand même, par les trous de souvenirs.
Et j’ai raqué à mort
- mais tu crois plus , alors?
- si
- à quoi.
- au mensonge des hommes
Le mec s’écarta, je n’étais qu’un peintre bourré, croyait-il, à son propre vernissage, qui regardait tous ces fantômes serrant leur certitudes.
J’ai regardé mes toiles, j’ai pensé “vous inquiétez pas, vous reviendrez à la maison.”
Mais le retour était loin, le vernissage s’éternisait, ça grouillait devant le buffet, ça caquetait, ça schlinguait les parfums mélangés des femmes décolorées, de leurs maris aux chaussures avachies.
Je me tenais à l’écart, personne ne se souciait de moi, comme si c’était normal.
J’ai regardé à nouveau mes toiles, avec elles je parlais, elles me répondaient.
J’ai posé mon verre, auquel je n’avais même pas touché, j’ai dit à bientôt à mes peintures, j’ai allumé une cigarette, je suis parti rejoindre ma vérité, à l’atelier.
J’ai enfin respiré.