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L’aventure mérite t-elle d’être tentée?
C’est une question primordiale pour qui souhaite vivre au mieux de sa forme, physique, le plus longtemps possible.
Je prenais un bain de pieds, dans de l’eau salée et froide.
Les cloches de l’église d’à-côté sonnent faux, mais elles sonnent, elles n’ont que ça à faire; comme si on n’avait pas de montre!
Pauvres cloches qui ne se reposent jamais longtemps, elles se reçoivent des coups toute leur longue vie, quelle cruauté, on connaît les curés, quelle piètre façon de se venger d’avoir fait voeu de chasteté, alors qu’on sait que c’est contre-nature!
” La poésie c’est quand deux mots se rencontrent” disait je ne sais plus qui, avec élégance et justesse.
Quelquefois, souvent même, des milliers de mots se croisent sans jamais se rencontrer, comme nous humains.
On peut écrire sans épouser la poésie, juste quelque chose qui lui ressemble mais qui n’a pas l’essence.
Ça n’empêche pas d’y croire, heureusement, mais c’est fade. Et on reste dans le noir.
Alors on peut s’essayer au jeu du Cadavre Exquis, mais ça va un moment, entre potes en buvant, si on a rien à se dire.
Pas longtemps, trop facile. Trop aléatoire.
L’aventure est de prendre ses couilles à deux mains, de les serrer, sans crier ni pleurer et de penser “que je suis con”!
Ensuite une douche glacée, un bouquin de FANTE ou une virée nocturne et solitaire, de nuit.
Voire les trois à la fois si on se sent d’attaque, une crise de courage d’un coup.
J’ai rencontré un homme qui, comme tout “bon savoyard respectueux des traditions” monta à Paris et devint col-rouge chez Drouot.
Tradition qui s’est perdue depuis peu, maintenant nul n’est besoin d’être savoyard pour manutentionner chez Drouot, les cols-rouges n’existent plus.
Il aima son travail jusqu’à la perfection, tous ces objets passant entre ses mains le stupéfiaient, tant de beautés le faisaient rêver la nuit de caverne d’Ali-Baba, de coffres remplis de pièces d’or, il se levait en pleine forme et le coeur égayé.
Ça se sentait dans sa démarche souple, dans sa façon de caresser ce qu’il transportait.
Il s’est voué corps et pensée à sa tâche, peu importait son salaire, dérisoire.
Ce bonheur dura pas mal d’années, des années toutes légères, des années de ciel tendre.
Mais son bonheur s’étiola, malgré son optimisme né.
Il assista, impuissant, au manège plus que douteux de ses compagnons, lesquels détournaient quotidiennement, ou presque, des objets pour les revendre à des antiquaires, ou à des particuliers, sous le manteau.
Il se révolta, calmement, mais on lui riait au nez.
Il demeura silencieux, dès lors, sa démarche perdit de sa légèreté, ses rides devinrent grisâtres, son rêve foutait le camp.
Le soir, chez lui, il tâtait de la bouteille jusqu’à l’oubli.
Il tînt bon aussi loin que sa conscience le lui permît.
Puis un jour, un samedi soir, il prit le train pour la Savoie.
Il ne remis jamais les pieds à Paris.
Il s’entoura de chats, dans sa maison de bois, épousa par pitié, une veuve à la rue, qui ne se plaignait pas.
Chaque matin, comme un souvenir égaré, il s’habillait en col-rouge, s’installait dehors, même s’il faisait froid, même s’il pleuvait, il regardait très loin, vraiment loin, et il parlait à voix haute, à sa bouteille de vin, à ses chats, à sa veuve.
Mais à personne d’autre.